Le congé parental partagé entre les deux parents reste minoritaire en France, mais les données récentes montrent un basculement progressif des comportements. L’entrée en vigueur du congé supplémentaire de naissance au 1er juillet 2026, combinée à la normalisation du congé paternité depuis 2021, redessine le paysage de la parentalité dans les couples français.
Congé supplémentaire de naissance 2026 : ce que le nouveau dispositif change concrètement
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a créé un congé supplémentaire de naissance d’un à deux mois par parent, entré en vigueur au 1er juillet 2026. Ce congé est codifié dans le Code du travail et indemnisé par l’Assurance maladie.
L’indemnisation atteint 70 % du salaire net le premier mois, puis 60 % le second, avec un plafonnement au plafond mensuel de la Sécurité sociale. Ce niveau de rémunération tranche avec la PreParE (prestation partagée d’éducation de l’enfant), dont le montant forfaitaire reste nettement plus bas.
Un point de cadrage à retenir : ce congé supplémentaire s’ajoute aux congés maternité, paternité et d’adoption. Il ne remplace ni le congé parental ni la PreParE, qui continuent d’exister et peuvent se succéder. La confusion entre les deux dispositifs circule déjà largement, certains parents pensant que le nouveau congé se substitue à l’ancien.

Congé paternité : les pères le prennent bien plus qu’avant
Avant même l’arrivée du congé supplémentaire de naissance, les comportements des pères avaient déjà évolué. Selon une analyse de l’INED, pour les enfants nés entre juillet 2021 et décembre 2023, le père a pris tout ou partie du congé de paternité dans environ 4 cas sur 5.
Ce taux de recours contraste avec le discours récurrent sur le faible engagement des pères. Le congé de paternité, allongé à 25 jours en 2021 dont une semaine obligatoire, semble avoir franchi un seuil d’acceptation dans les entreprises et les familles.
Le passage d’un congé paternité de quelques semaines à un congé parental de plusieurs mois reste un saut que peu de pères franchissent. Les données sur la PreParE le montrent : avant la réforme de 2015, cette prestation était principalement versée aux mères.
Après la réforme, qui a limité à deux ans la durée de versement au même parent pour les couples avec deux enfants ou plus, l’effet sur le recours des pères est resté modeste.
PreParE et congé parental partagé : pourquoi le partage reste limité
La réforme de la PreParE entrée en vigueur au 1er janvier 2015 visait explicitement à inciter les pères à prendre une part du congé parental. Le mécanisme était simple : pour les couples ayant deux enfants ou plus, la troisième année de prestation n’était accessible que si le second parent la prenait.
France Stratégie et le HCFEA ont fait évaluer empiriquement les effets de cette réforme par le CNAM-CEET. Le projet a bénéficié d’un suivi associant la CNAF, la DREES, l’INSEE, le HCFEA et France Stratégie. Les résultats montrent que la réforme n’a pas produit le basculement attendu vers un partage égalitaire.
Plusieurs freins persistent et se combinent :
- Le montant forfaitaire de la PreParE, bien inférieur au salaire médian, rend l’arbitrage financier défavorable au parent qui gagne le plus, souvent le père dans les couples hétérosexuels
- Les normes en entreprise restent un obstacle : un père qui demande un congé parental de plusieurs mois s’expose encore à des réactions que les mères ne rencontrent plus de la même manière
- L’absence de service public de la petite enfance suffisant pousse les familles vers des solutions où un parent, généralement la mère, réduit ou interrompt son activité
Congé de naissance et congé parental : l’articulation entre les deux dispositifs
Le nouveau congé supplémentaire de naissance crée un « sas » entre le congé maternité ou paternité et le congé parental classique. Pour la première fois, chaque parent dispose d’un droit propre, indemnisé à un niveau proche du salaire, sans condition de partage.
Cette architecture pourrait modifier les comportements plus efficacement que la PreParE. Un père qui hésite à prendre six mois de congé parental faiblement rémunéré accepte plus facilement un ou deux mois indemnisés à 70 puis 60 % de son salaire net.
Les retours terrain divergent sur ce point. Certains employeurs signalent une hausse des demandes depuis juillet 2026, d’autres constatent que les pères se limitent au premier mois mieux rémunéré. Les données consolidées sur le recours effectif ne seront disponibles qu’après plusieurs trimestres de mise en œuvre.

Rémunération du congé parental en France : le nœud du problème
La question financière structure l’ensemble du débat. Le congé supplémentaire de naissance offre une indemnisation à 70 puis 60 % du salaire net plafonné. La PreParE, elle, reste un forfait qui ne compense qu’une fraction du revenu perdu pour la majorité des salariés.
Cette dualité crée un système à deux vitesses. Les premières semaines après la naissance sont désormais mieux couvertes grâce au nouveau dispositif. Les mois suivants, si un parent souhaite prolonger son arrêt via le congé parental classique, la chute de revenus reste brutale.
Plusieurs voix, dont celles de l’association Parents et Féministes et de la Fondation Jean-Jaurès, plaident pour une réforme qui joue sur trois leviers simultanés : étendre le congé du second parent, revaloriser le congé parental et développer un véritable service public de la petite enfance. Sans action coordonnée sur ces trois axes, le partage du congé parental entre les deux parents restera un objectif affiché plus qu’une réalité statistique.
Le congé supplémentaire de naissance de 2026 apporte une brique manquante à l’édifice, mais il ne modifie pas les fondamentaux économiques qui poussent les familles vers un schéma où un seul parent, le plus souvent la mère, porte l’essentiel du retrait professionnel lié à l’arrivée d’un enfant.